2006, Alerte sanitaire : Cocaïne
Depuis le début des années 2000, la phénacétine est de plus en plus fréquemment retrouvée dans les poudres de cocaïne. Cette molécule, précurseur du paracétamol, a été commercialisée en France jusqu’en 1994 pour ses propriétés antalgiques (anti-douleur) et antipyrétiques (anti-fièvre). Elle a été retirée du marché en raison de sa néphrotoxicité et de son potentiel carcinogène. Circulation
La consommation de cocaïne a concerné, en 2005, 200.000 personnes parmi les 15-39 ans.
Selon les données de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). de l’Office Central de Répression du Trafic Illicite de Stupéfiants (OCRTIS) et des laboratoires des douanes, 20 à 50 % des échantillons de cocaïne analysés en 2006 étaient coupés par de la phénacétine. Les teneurs en phénacétine étaient en général comprises entre 20 et 30% (maximum 50%). Caractéristiques
La phénacétine se présente sous la forme d’une fine poudre blanche, sans odeur et ayant un léger goût amer. Ces caractéristiques sont similaires à celles de la cocaïne. Il ne semble exister aucun moyen simple, pour les usagers, de distinguer de la cocaïne coupée de phénacétine d’une poudre non coupée.
Dans l’enquête conduite en 2006 par l’OFDT sur la cocaïne, la majorité des usagers interrogés ignorait la présence de phénacétine dans la cocaïne consommée. Certains parlaient de poudre de « mauvaise qualité ».
Données cliniques et toxicité
Les symptômes marquant un surdosage de phénacétine sont les suivants :
Cyanose secondaire à la formation de méthémoglobine
Anémie fonctionnelle pouvant être à l’origine de crises d’angor, voire d’un collapsus cardiovasculaire
Dépression respiratoire
Boutons et hyperthermie
Atteinte centrale se manifestant par une prostration ou un état hallucinatoire qui précède le coma
Atteinte cellulaire du foie possible.
Toxicité chronique
La toxicité chronique se manifeste principalement par une insuffisance rénale. Les premiers symptômes de cette néphropathie apparaissent après une prise quotidienne de 1g de phénacétine par jour (par voie orale) pendant 3 ans.
La phénacétine est classée comme « potentiellement carcinogène » pour l’homme et ce, quelle que soit la dose consommée.
Ces données concernent la toxicité de la phénacétine administrée par voie orale. Sa toxicité par voie nasale ou injectable, de même que la toxicité de l’association phénacétine / cocaïne (ou d’autres substances dans le cas des poly-consommateurs), n’ont pas été spécifiquement explorées.
Données cliniques
A ce jour, aucun décès ou intoxication grave après consommation de poudre de cocaïne coupée à la phénacétine n’a été attribué directement à la phénacétine.
Une explication pourrait être que les doses absorbées n’atteignent pas le seuil de toxicité aiguë. Il peut aussi s’agir du fait que cette intoxication n’est pas évoquée par les cliniciens ou non reconnue en raison de signes cliniques atypiques liés à la concomitance des deux toxiques.
Conduite à tenir
Les symptômes signalés ci-dessus doivent conduire à interroger le malade ou son entourage, sur une éventuelle consommation de cocaïne. Ils inciteront à faire rechercher la phénacétine, produit de coupe de la cocaïne, par un laboratoire d’analyse toxicologique. Si de la poudre non utilisée reste disponible, son analyse toxicologique est nécessaire pour le diagnostic étiologique.
Le traitement sera symptomatique devant les différents symptômes ou syndromes (insuffisance rénale aiguë ou chronique ; dépression respiratoire ; cytolyse hépatique ; coma : hyperthermie ; anémie anémie hémolytique). En cas de méthémoglobinémie évoquée devant un patient cyanosé et confirmée par spectrophotométrie, un traitement hospitalier intraveineux de bleu de méthylène peut être prescrit, selon la symptomatologie.
Conclusion
En conséquence, compte tenu de l’importance de la consommation de cocaïne en France, de la proportion (ou quantité) élevée de phénacétine dans les échantillons analysés, de sa toxicité importante et des risques sanitaires supplémentaires que sa présence fait courir. il est recommandé d’être vigilants sur les possibles conséquences à court et long terme de l’absorption de cocaïne coupée avec de la phénacétine.
Cet article est issu du site Techno Plus.
TIPI Vian
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