Le TIPI

Un Tipi au cœur de « la Plaine »

lundi 8 novembre 2010 par Le TIPI

Un Tipi au cœur de « la Plaine »

Depuis 1994, l’association marseillaise le Tipi accueille et épaule personnes vivant avec le VIH et usagers de drogues, Au programme : poterie, théâtre, sorties, séjours de ressourcement, ateliers cuisine, aide sociale et alimentaire, réinsertion professionnelle. Depuis 2006, les missions de réductions des risques sont développées dans le cadre d’un agrément CAARUD.

Au cœur du quartier de « la Plaine », à Marseille, se niche le Tipi. Cette association a seize ans « En avril 1994, Hélène, qui vivait avec le VIH, a monté sa propre association parce que toutes les structures qui lui tendaient la main ne la voyaient que comme une personne malade. Elle voulait être vue comme une personne à part entière. Tipi signifie “tous impliqués pour innover”. Et c’est dans cet esprit qu’on a voulu poursuivre le travail qu’elle a entrepris », explique Éric Tripet, codirecteur avec Sylvie Priez. L’association, travaille principalement sur l’amélioration de la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH ou le VHC. Aujourd’hui, avec 11 salariés, ses différentes activités bénéficient à près de 600 personnes, dont 224 vivant avec le VIH et plus de 6000 personnes rencontrées sur les événements festifs en 2009.

Si on pousse la porte du Tipi pour la première fois, on peut être accueilli rue de le Bibliothèque pour les programmes VIH et l’accompagnement des usagers de drogues ou dans le local rue Vian qui met en œuvre les actions de réduction des risques centrées sur des publics plus jeunes qui fréquentent les milieux festifs. Ce jour-là, un lendemain de manifestation, salariés et usagers se retrouvent autour de la table après avoir battu le pavé ensemble la veille. La tablée partage crêpes au fromage, ratatouille, œufs pochés et brochettes de fruits préparés intégralement par une demi-douzaine d’adhérents, sous la houlette de Christophe Dubois nutritionniste, qui anime cet atelier une fois par mois, le mercredi. Rabia 67 ans, est aux fourneaux avec les autres. Elle vient tous les jours. Ce sont son fils et sa fille, usagers de drogues, qui fréquentaient l’association. Ses enfants sont décédés. « Sans le Tipi, je serais à la rue. C’est un peu mon abri. Comme une famille. Tout le monde m’a aidée. Pour le logement, pour la nourriture, avec les colis alimentaires… » L’association en distribue plus de cinq cents par an. « Des colis que l’on s’autorise à améliorer avec des fruits et des légumes. Parce que la nutrition, c’est important », rappelle Christophe.

Une Approche globale de la santé Patrick opine du chef. C’est lui qui prend le relais aux fourneaux. Sans difficulté. Ce quadra longiligne est cuisinier de formation et a même enseigné cet art. « Mais à cause de la maladie, soupire-t-il, je ne peux plus travailler. » Le Tipi lui permet à nouveau de partager ses connaissances. Il y a monté son propre atelier de cuisine. « Quand vous êtes malade, que vous perdez votre boulot, vos revenus baissent et vous mangez mal, explique-t-il. Certains ne font même plus la cuisine et se contentent d’acheter des sandwichs ou des plats tout faits. Ce qui, au final, revient plus cher que de faire la cuisine soi-même. Or, quand vous vivez avec le VIH ou une hépatite, il est capital de faire attention à ce que vous mangez. » Le principe de son atelier est simple : « Apprendre à cuisiner équilibré et pour pas cher. On parvient à réaliser des repas qui coûtent un ou deux euros par personne. » Il vient d’ailleurs de mettre ses recettes sur le site Internet de l’association. « Une nouvelle porte d’entrée pour le Tipi », note-t-il. Et d’ajouter : « Contrairement à la structure que je fréquentais avant, où l’on était vu que comme des malades, ici on vous laisse prendre des initiatives. On vous fait confiance. Or la santé, c’est aussi se sentir utile. Et puis cela m’a ouvert l’esprit. Parce qu’avec le PES je croise désormais des personnes que je n’aurais jamais fréquentées auparavant et sur lesquelles je porte un regard différent. » En effet, comme nous l’explique Olivier, « il y a un vrai mélange. Les gens ne font pas que se croiser. Si un axe important de notre travail concerne l’éducation à l’injection, il ne se limite pas à ça assure-t-il. « Quand quelqu’un vient, même s’il connaît bien les conseils de réduction des risques poursuit-il, on prend le temps de discuter et de faire le point sur ses pratiques et sur sa situation en général. » Pour lui, « au Tipi, on n’est pas psy, on n’est pas médecin. Notre approche s’intéresse à la santé globale des personnes ».

Un autre regard. Au-delà d’un accompagnement sanitaire et social, le Tipi tente de faire changer le regard, notamment dans le domaine de l’emploi. Emblématique de cette démarche : la mise en place il y a deux ans, en partenariat avec le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise, d’un atelier « Théâtre forum ». Le principe ? Comme dans le théâtre de l’opprimé, il s’agit de jouer une scène de la vie quotidienne et d’inviter le public à réagir et à monter sur scène. Ce jour-là, autour des fourneaux, ils étaient plusieurs à avoir participer à cette aventure qui les a menés de Marseille à Paris en passant par Bordeaux et qui se poursuit. Mouss ne pouvait pas faire autrement que d’y participer. Pâtissier de formation, il est aussi figurant. « Je suis en ce moment sur le tournage des “Pauvres gens” de Robert Guédiguian. Et puis il m’arrive de bosser sur “Plus belle la vie”. Là, sur scène, avec le théâtre forum, il y avait des patrons et des séropositifs. Et chacun jouait le rôle de l’autre, à Pôle emploi, en entretien d’embauche… » Raymond, lui, en a encore le sourire : « Quand j’ai entendu parler du projet, je me suis dit, aussi fêlé du bulbe que je suis, je vais y aller à fond. Car, de tout temps, la société a cherché à cacher les malades, les handicapés. On allait monter sur scène et montrer ce qu’on vit. Une claque, pour certains… » Michel aussi était de la partie. « J’ai toujours aimé le théâtre. À Paris, pour un ami, j’ai fais des décors et des costumes. » Mais, au-delà, il y a tout ce qu’il a vécu : « Lors des représentations, des gens étaient choqués par ce qu’ils voyaient. Or, même si on caricaturait un peu les choses, ces situations étaient réelles. J’ai travaillé dans une grande banque. Quand ils ont voulu se débarrasser de moi, ils ont joué sur les difficultés économiques. Alors que c’était tout autre chose qui était en jeu. Ensuite, j’ai essayé de monter ma propre boîte, mais ça n’a pas marché. Aujourd’hui, je suis obligé de faire semblant de chercher du travail pour ne pas me faire radier par Pôle emploi. Tout en faisant attention de ne pas en trouver pour ne pas me faire sucrer les autres aides. De fait, de nos jours, quand on est séropositif, ce n’est pas la santé qui pose problème, c’est tout le reste ! » Depuis, le partenariat avec les jeunes entrepreneurs s’est renforcé et l’un d’eux anime un atelier au Tipi. Au programme : CV, entretien d’embauche, mise en situation. Quant à Marjorie, responsable de l’insertion professionnelle, elle est passée d’un poste à mi-temps à un temps plein…

Autour du repas, la discussion se poursuit. Comme nous l’avait dit Christophe, « le repas, c’est un prétexte ». Dont acte. Ça cause d’abord cuisine. Et puis, très vite, santé, médicaments, petits tracas… Il est presque 14 heures et le Tipi va ouvrir ses portes. La première fois qu’on y a mis les pieds, Daniel, la soixantaine moustachue, faisait faire des vocalises aux adhérents qui fréquente son atelier « Chant » : « À 17 ans, je voulais chanter à l’opéra. Mon père a refusé de peur que je devienne pédé. J’ai fait les choses à l’envers : je suis devenu homo avant de devenir chanteur. Alors donner des cours de chant, c’est un peu comme une revanche. » Pourtant, il est venu à reculons : « J’avais perdu l’habitude de rencontrer des gens. Au début, cela a été un peu difficile. Et puis j’ai fait ma place. Heureusement qu’il y a des lieux comme ça. Cela aide à vivre. » Et, ce soir-là, à trouver sa voix. Pas étonnant de la part d’une association qui a parfaitement trouvé la sienne.

Le Tipi 26 A, rue de la Bibliothèque 13001 Marseille tél : +33 (0)4 91 92 53 11 Plus d’informations sur www.letipi.org


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